Léon Mury, Marin et Espion....

Voir le sujet précédent Voir le sujet suivant Aller en bas

Léon Mury, Marin et Espion....

Message par Asdic le Ven 22 Sep - 13:00

Voici l'histoire d'un marin, héros inconnu qu'il ne faut pas oublier, comme tant d'autres pendant cette période, mon propre cousin....Un destin extraordinaire et tragique, que je souhaite partager avec vous.



Léon Henri  MURY (1920-1944)



Léon, fils de Louis et Léonie Mury, instituteurs publics, naît le 21 novembre 1920 à Tressé en Ille et Vilaine. Il reçoit le prénom de son oncle tué à la guerre en octobre 1918. Il est élevé par des parents particulièrement sévères.

          C’est un jeune homme qui mesure 1,67m, aux yeux verts, cheveux châtains, le nez bourbonien, le teint coloré comme les Mury à qui il ressemble par la forme du visage. Il a la réputation d’être gentil et gai, bavard, turbulent, malin et débrouillard, il affectionne faire des farces.  Ses cousines Simone et Huguette rient de bon cœur quand il chante et mime, tout en faisant son lit,  la chanson « A petits pas », un tube de cette époque, ce qui agace sa mère. Ses parents apprécient peu ses fantaisies. Il grandit dans une famille très patriote. Son père, qui a été gravement blessé à la tête en 1917 à la bataille de Craonne, est bouleversé de vivre une nouvelle guerre et rapidement soutiendra de Gaulle et la Résistance. Sa fille racontera qu’elle l’avait vu pleurer lors de la déclaration de guerre en septembre 1939 et au moment de la débâcle en mai-juin 1940.  

Après des études primaires supérieures à Ernée et Rennes où il obtient le brevet élémentaire, Léon réussit le concours de surnuméraire des Postes en 1938. Après avoir  effectué une année de formation dans les communications à Nantes, il est nommé à Metz au début de 1939. Pourquoi si loin ? s’étonne la famille suspicieuse. A l’automne, il a l’occasion de rencontrer son oncle Raymond mobilisé en Alsace  qui écrit se faire du souci pour son neveu. Au printemps 40, sur le conseil de son chef, il quitte précipitamment son poste et la ville pour fuir  l’armée allemande qui fait prisonniers les Lorrains afin de les enrôler. Il rejoint la maison familiale, rue Jacques Cassard à Rennes, sans papiers.

Le 5 juin 1940, il s’engage dans la Marine Nationale. Il est affecté le 8 juin au 3ème dépôt des Equipages à Lorient.  A près avoir changé de bateau sept fois, il réussit à mettre le cap sur Bordeaux le 22 juin 1940, monté sur un vieux bateau avec un équipage inexpérimenté. Il est bombardé par les allemands au départ à Lorient. A l’entrée de la Gironde, c’est léon qui décrypte les feux lumineux : « n’entrez pas pas, la Gironde est minée ». le bateau descend donc à Bayonne. Là, les hommes reçoivent vivres et vêtements et Léon fait partie d’un convoi expédié à Casablanca au Maroc.  Il est envoyé alors à l’Ecole des radios du lycée Lyautey de Casablanca où il obtient le 1er juillet 1942 le grade de matelot radio-télégraphiste breveté de 1ère classe. Ses parents n’ont pas de nouvelles de lui pendant 6 mois.
Il est d’abord affecté sur le transport « Aude » et fait plusieurs voyages en France, d’Alger à Marseille.


L’ Aude
Il est ensuite affecté sur le torpilleur « Iphigénie » du port de Bizerte en Tunisie.


Le torpilleur « Iphigénie »


Il fait des voyages le long de la côte d’Afrique et moyen Orient : Oran, Casablanca, Dakar,,etc… Il évite de justesse le combat de Mers-El-Kébir et de Dakar. Il vient en permission à Dignes dans les Hautes-Alpes , alors en zone libre, et demande à la belle-famille de son cousin Clément Mury de Saint Georges de Reintembault de l’héberger. Mais, comme il « drague » la maîtresse de maison, celle-ci lui donne de l’argent et le prie de s’en aller !
Après une autre campagne en mer, le 16 Octobre 1942, il revient à Rennes chez ses parents, en permission pour 21 jours.
Léon repartit de la maison le 7 Novembre 1942, il fut alors bloqué à Port Vendres dans le sud le 8 (Les Américains étaient débarqués en Afrique du Nord).
Il est affecté au poste de Radio à terre avec le second Maître Radio Norbert Jaille de Saint Malo et un autre Radio. Les Allemand envahissent la Zone Libre et arrivent à Port-Vendres. Les trois Radios détruisent leurs postes. Ils sont battus par les occupants le 11 Novembre et séquestrés sur le paquepot « Maréchal Lyautey » dans le port.


On voit le paquebot à droite le jour de l’arrivée des Allemands
 




Après le sabordage de la flotte de Toulon, le 27 novembre 1942, la Marine Nationale est dissoute le 28.  
Mis en congé d’armistice, Léon arrive le 29 Novembre à Rennes. Sur le conseil de son père il demande à être embauché comme Secrétaire au Commissariat à la Reconstruction, rue des Fossés, pour avoir une carte de Travail. Cela l’a sans doute mis à la l’abri du Service de Travail Obligatoire quelques mois après.
Son père raconte que c’est une période calme où Léon a une vie rangée de jeune homme pendant l’occupation. Il va au cinéma, joue aux echecs ou au damier avec ses camarades.

Vient le bombardement du 8 mars 1943, il court alors à la Gare et transporte des morts et des blessés civils (son père dit l’avoir accompagné) . Il rentre tard et fatigué de cet événement qui se reproduira le 29 Mai.

Le lendemain du bombardement, le dimanche 30 Mai, le père de Léon  écrit qu’une visite a lieu. Il s’agit de Louis Sicre, de Bordeaux. C’est un ancien Quartier-Maître Radio, camarade de Léon. Le père de Léon le reçoit à Rennes. Les deux jeunes gens sortent ensemble l’après midi, rentrent le soir souper et sicre repart dans la nuit. Petite anecdote, c’est à cette époque que ses cousines Huguette et Simone, étudiante à Rennes et en visite chez leurs oncle et tante, l’ont vu surgir avec un camarade, si affamés qu’ils ont dévoré toute la terrine de pâté ! Etait ce Louis Sicre ? A la Maison, devant nous, le père de léon confirme qu’il n’est question que de choses vagues, d’histoire de marins, entre les deux jeunes.


Le 1er Juin, Léon déclare à son père : « Je me suis fait payer, je pars dans la résistance vendredi ». Il n’ajouta aucun détail. Le père essaya de l’en dissuader en énumérant tous les dangers liés à ce choix. Il quitta pourtant la maison le 4 juin 1943 à 5 heures du matin, sac tyrolien sur le dos en compagnie d’un dénommé Brengues, Rennais, ancien Marin comme lui..
Détail particulier : ils se dirigèrent vers la gare, en cours de route, Brengues changea d’avis et abandonna pour se diriger vers Pont-Reon, ce qui le sauva. Seul, Léon pris le train pour Bordeaux, où l’attendait Louis Sicre. Là , Léon signa son engagement dans l’Alliance. On peut penser que son dossier avait été ciblé au service de démobilisation situé à Vichy. Joel Lemoigne, patron du sous-réseau Sea-Star, en charge de l’espionnage de la façade Atlantique et méditerranéenne, avait la possibilité de récupérer les fiches des marins-radios démobilisés.

Ceux-ci étaient très recherchés car, déjà formés, ils pouvaient rapidement devenir opérationnels. Cependant, Léon a dû faire un stage de formation d’1 à 3 semaines afin de se familiariser avec un matériel nouveau comme la valise-radio, apprendre le codage et le décodage des messages, s’imprégner des règles de sécurité. En outre, lors du recrutement, les candidats étaient prévenus des risques énormes qu’ils couraient. Donc, Léon savait que l’espérance de vie d’un radio était de 3 à 6 mois. Il est affecté au PC du réseau Alliance dont le chef est le Lieutenant Colonel Kauffmann alias « Manitou ».


Tout poussait Léon à devenir résistant : sa famille patriote, son père grand blessé de la 1ère guerre mondiale, l’oncle  tué en  1918, ses racines bretonnes (la Bretagne d’emblée a détesté Vichy et les Allemands et fut « terre de résistance »), son appartenance à la Marine et l’influence de camarades. On ne peut pas exclure aussi le goût de l’aventure, bien conforme à son caractère, et peut-être aussi  le désir que son père si exigeant soit fier de lui. On remarque que Léon, tout de suite, dès mai 40, a pensé à se mettre au service de la France puisqu’il s’est engagé dans la Marine alors que les Allemands étaient déjà victorieux et que les troupes françaises commençaient à se débander. Son premier projet, en 1942, fut de partir pour Londres, ce qui exclut son appartenance à un réseau dans les premières années de la guerre.. Pourtant, le choix de ce Réseau peut étonner car il ne correspond pas du tout aux convictions de « gauche » des parents de Léon. Cependant, son père aimait l’armée.

Alliance est à l’origine un réseau  de renseignement nationaliste, antisémite, pétainiste puis giraudiste de Résistance et de Renseignements militaires, créé par le commandant de l’armée de l’air Loustaunau-Lacau soutenu par des officiers de haut rang, à qui succèdera, après son arrestation en 1941, une femme exceptionnelle Marie-Madeleine Meric (devenue Mme Fourcade après la guerre) dite Hérisson. C’est elle qui le baptisera « Alliance ».



Marie Madeleine Méric (Fourcade)

Beauté, charme, intelligence, courage la caractérisent. Il suffisait qu’elle plonge ses yeux bleus dans les vôtres pour qu’on ne l’oublie jamais. On disait qu’elle avait une mémoire d’éléphant, une prudence de serpent, un instinct de fouine, une persévérance de taupe et, s’il le fallait, la méchanceté d’une panthère.

Au départ, la priorité du réseau, qui travaille exclusivement avec l’Intelligence Service Britannique mais finira par se rallier au général de Gaulle début 1944, concerne la marine et les sous-marins allemands dans les ports français. S’y ajouteront les terrains d’aviation, les transports de troupes vers la Russie et la Normandie, les dépôts de carburant, les positions de défense comme le Mur de l’Atlantique et l’organisation Todt, les armes nouvelles V1 et V2, un plan des installations ennemies de la presqu’île du Cotentin. Il organise également des filières d’évasion vers l’Afrique et l’Angleterre et réussit à exfiltrer le général Giraud vers  Alger. On ne rentrait pas  dans ce réseau pour tuer mais pour gagner la guerre.


En 1943, le réseau, qui est présent sur tout le territoire français, fonctionne à plein régime grâce à ses 3000 membres dont un quart de femmes. Mme Méric-Fourcade a recruté des Français de toutes conditions, croyants ou athées, aux opinions politiques diverses, ce qui explique que Léon ait pu accepter d’y entrer. Ses membres ont le sens de l’honneur et du courage. Cette montée en puissance, résultat d’un travail acharné très apprécié des Etats-Majors anglais et américain, incite les Britanniques à lui apporter un soutien financier massif.
Les Allemands s’inquiètent devant le danger que représente pour eux cette masse considérable d’informations secrètes transmises aux Alliés, notamment celles concernant leur Kriegmarine. Ils baptisent le réseau « l’Arche de Noé » car la plupart de ses adhérents portent des noms d’animaux, les opérateurs-radio choisissant des noms d’oiseaux.

Si, la guerre finie, Mme Méric-Fourcade fournira une attestation indiquant que Léon est entré dans le réseau Alliance le 1er juin 1943. Elle écrit : « Léon Mury appartenait à nos services dans les secteurs de Bordeaux et Clermont-Ferrand, en tant que C.M 3è classe, radio et agent de renseignements, et, en conséquence, fait partie de la catégorie des agents P2 ». Cette classification prouve qu’il consacrait 100% de son temps au Réseau et, à ce titre, était payé, la solde pouvant atteindre jusqu’à 5 000 F.
Quelles furent ses premières missions ?  Sa sœur a raconté qu’il avait été envoyé dans diverses régions de France. On sait que Léon fut un temps  K81, lettre correspondant à la région de Dijon « Forteresse ». La rumeur familiale raconte qu’il aurait aidé des résistants à se cacher (avec l’aide de son père ?) et réussi à infiltrer un réseau de miliciens. Est-ce vrai ? Est-ce en Bretagne ou plus tard ?

Ce qui est certain c’est qu’en Juin 43 il est envoyé par Kauffmann dans le Sud-Ouest, à Cognac, La Rochelle.
Philippe Koenigswerther (Mandrille), officier de la France Libre, passé au service d’Alliance, devient chef du secteur Bordeaux-La Rochelle (région Hangar) qui regroupe des hommes courageux, dans le cadre du réseau Sea-Star. Mandrille et ses hommes espionnent les allers et venues des U-Boote allemands  de l’arsenal de Bordeaux et de l’immense  base sous-marine  de La Pallice, 2 sites stratégiques pour les Allemands.
Léon, connu pour arriver de Rennes, se cache derrière le pseudo de Lori qui lui aurait été donné par  Ferdinand Rodriguez. Ce surnom lui va bien puisque le lori est un perroquet curieux, enjoué, hyperactif qui aime jouer et explorer. Il devient l’opérateur-radio du capitaine Jean Godet (Antilope), adjoint de Koenigswerther, chargé de la Charente qui abrite une équipe d’une centaine de membres. Godet possède un poste émetteur, ce qui permet durant 2 mois, grâce à Lori, d’envoyer directement à Londres les renseignements urgents. Les « pianistes » devant être extrêmement mobiles, il existe 14 lieux différents d’émission. Léon est tout à la fois radio et agent de renseignement. Dans son dossier militaire, on lit qu’il a contribué à l’espionnage  de documents sur des constructions allemandes, à la Kommandantur de Fontenay-le-Comte, ce qui lui vaudra en 1947 la Croix de guerre en bronze.  Il travaille aussi à Saintes, Rochefort et Marennes. Il fait exécuter le bombardement de la Rochelle qui a eu lieu le 4 juillet 1943.

Un soir de juin, Léon subit un contrôle d’identité et reçoit l’ordre de se présenter à la Feldkommandantur le lendemain matin. Un homme d’une vingtaine d’années qui n’est pas parti au STO, c’est forcément suspect.  Etant désormais « grillé » dans cette ville, il doit fuir. Il est alors envoyé à Lille puis à Paris où il séjourne. Le 30 juillet 1943, il est de passage à Rennes. Il vient à la maison pour quelques heures. Il est muet, « tout va très bien », « aucun danger », « confiance absolue ». Léon repart le lendemain matin à Pari, où il séjourne tout le mois d’Août.
Le 31 Août 1943, les parents de léon recoivent une carte qui les informe qu’il va visiter la région de Clermont Ferrant pour « passer ses vacances ».

En effet, « Manitou » s’installe avec son groupe dans la région de Fontaube, dans le Puy de Dôme.
Son groupe selon les écrits du père de Léon, est chargé d’espionner Vichy et de transmettre à Alger (où était Giraud), Londres (Intelligence Service) et Brazaville (où était DeGaulle), les renseignements receuillis. Ils ont à Fontaubes des installations extérieures radios importantes qu’il ramassent après chaque émission. Ils sont en tout 14.

Alliance comportait une organisation régionale décentralisée (secteurs couvrant un ou plusieurs départements et nantis de noms comme Chapelle, Abri  ou Caverne, etc…) et une organisation centrale ou état-major du réseau nommé Grand Hôtel, poste de commandement chargé d’assurer les services communs tels que les radio-opérations d’atterrissage, parachutages, finances, fausses identités, évasions, etc… Précisons aussi qu’un agent était tout à la fois membre d’Alliance et membre de Sea-Star quand il travaillait dans une région maritime.

Il rejoint les 3 opérateurs-radios du colonel  Kauffmann,  officier de l’armée de l’Air, et de son adjoint le capitaine Pradelle qui commandent  le secteur « Caverne » de la région Centre. Les radios sont les enfants chéris de la Patronne car ils sont plein de gaîté. Ils se déplacent le plus souvent à vélo et sont « l’échine dorsale » d’Alliance.  Léon porte le matricule X84 sous lequel le connait le Secret Intelligence Service (MI6), le X prouvant qu’il fait partie de l’Etat-Major de Grand Hôtel, le 8 qu’il est un radio et le 4 qu’il est le 4è radio du groupe.
Kauffmann a installé son PC principal au hameau de Marcenat proche de Volvic tandis que le reste du groupe se disperse à Paugnat et au lieu-dit Fontaube, situés à une dizaine de kilomètres. Certes, à Volvic il n’y a pas de police allemande mais Riom situé tout près possède une unité de la Wehrmacht et à Clermont-Ferrand, en plus d’une grosse garnison,  la Gestapo est toute puissante. A Fontaube, une grande ferme, entourée de champs de topinambours, héberge les jeunes gens du réseau dont Léon. « Grand Hôtel » correspond sans doute au PC de Kauffmann alors que Fontaube serait « Petit Hôtel ».




Forcément, les gens du pays remarquent les va et vient d’individus inconnus mais ils se taisent. L’administration française ne procède à aucun contrôle. La situation est calme jusqu’en août, ce qui donne peut-être trop confiance au Réseau. Pourtant, les Anglais reprochent aux « radios » de se mettre en danger  en dépassant souvent les 20 minutes d’émission. Un témoin écrit au père de léon pour lui dire qu’ils vivaient « dans des maisons inhabitées, dans les mêmes conditions que les groupes de réfractaires. Ils étaient sommairement armés ».


L’Abwehr (service de contre- espionnage allemand) de Dijon, dirigé par Ehinger, reçoit l’ordre de décimer Alliance dont l’efficacité est redoutable sur tout le territoire français. C’est l’Oberleutnant Kurt Merck qui lance l’hallali à la fin de l’été 1943. Il bénéficie de l’aide des traitres Jean Paul Lien (ou Liehn) et Flandrin qui ont réussi à infiltrer le réseau. Après avoir arrêté dans la région parisienne  les deux  chefs importants que sont Léon Faye et Pie de retour d’Angleterre, il fonce vers l’Auvergne. Avec l’aide de la Gestapo de Vichy dirigée par l’Obersturmführer Geissler, il débarque vers 5 heures du matin, le 21 septembre 1943, à Paugnat où Kauffmann a l’habitude de dormir. Il y a une centaine de soldats Allemands. Bien que gravement blessé, on lui a fracturé des os, il se défend farouchement. Sont aussi pris son estafette, Henriette Amable dite Luron ainsi que 2 cultivateurs locaux.
Vers 9h-9h30, c’est au tour de Fontaube de tomber. Les captifs Léon Mury, Charles Fredin, agent de liaison, André Rérolle, agent de renseignements, Etienne Pelletier et Jean Perrache, agents des Apaches (service d’ordre et de sécurité) sont frappés et torturés. Les voisins, dont une fillette de 10 ans qui vit toujours, entendent leurs cris de douleur. Le lendemain, d’autres agents sont capturés à Vichy dont Emile Pradelle.
Non seulement le réseau Centre est décapité mais l’ensemble d’Alliance est très affaibli sur le plan national après 175 arrestations. Sur une cinquantaine d’opérateurs-radios, il n’en reste que six.



Léon Mury, pris en photo par la Gestapo (photo anthropométrique).

Le groupe de Léon est conduit à la prison du 92ème RI de Clermont-Ferrand. A plusieurs reprises, ils sont transportés au siège de la Gestapo, une villa sise au 2bis avenue de Royat à Chamalières, pour des interrogatoires violents. Aucun ne parle et dénonce, même sous les coups ; les gens de Marcenat qui les ont aidés et hébergés ne seront jamais inquiétés. Edouard Kauffmann réussit à faire passer un message à ses compagnons : « Courage et espérez ! » Le secteur Centre Volvic-Vichy-Clermont était solide comme son chef.
Grâce à une lettre ultérieure d’André Rérolle, on sait que, le 20 octobre, Léon et ses camarades sont transférés à la prison militaire allemande « Mal Coiffée » de Moulins où ils sont mieux traités. Le 29 octobre, ils arrivent  à la prison de Fresnes où sont regroupés les agents d’Alliance. Ils reçoivent des colis de la Croix Rouge. Les interrogatoires continuent avenue Foch ou rue des Saussaies à Paris où sévit la Gestapo. Seul réconfort dans cet enfer : les conditions de vie sont améliorées : la prison est propre, on peut s’y doucher et changer de linge, les familles peuvent déposer des colis et la Croix-Rouge apporte aide et réconfort. Le moral est meilleur. On ignore si les parents Mury ont été prévenus.

Quand et comment Léon  a-t-il gagné l’Allemagne ? Là aussi, on peut faire diverses hypothèses suivant les sources.
La première, selon le Livre-Mémorial des Déportés (Partie I, liste n°166),  c’est qu’il a été transféré, peut-être dès fin octobre 43, au Frontstalag 122 de Royallieu, camp de transit près de Compiègne et que le 27 janvier 1944, il a fait partie du troisième convoi constitué de résistants d’Alliance qui, après être passés par Buchenwald, sont expédiés au camp de Gaggenau puis finalement à la forteresse de Rastatt en pays de Bade.
Mais, Auguste  Gerhards, qui a retrouvé le dossier de Léon aux Archives militaires de Prague au début des années 2000, écrit qu’il a quitté Royallieu dès le 16 décembre 43 pour aller directement à Rastatt.
Le Service Historique de la Défense affirme que le 1er novembre un petit groupe de prisonniers d’Alliance, dont Léon, a quitté Fresnes pour la gare de l’Est et qu’un train les a conduits directement à Strasbourg.
Aucune de ces versions n’est satisfaisante car contredites par différents témoignages et les dates ne sont guère plausibles.
L’hypothèse quasi certaine c’est que Léon est parti avec un petit groupe de 35 à 40 personnes de la gare de l’Est, le 16 décembre 1943, en wagon cellulaire dont les fenêtres sont occultées par des planches. La lettre qu’André Rérolle a pu jeter sur les rails depuis les WC, décrit les conditions du voyage : le train roule vers Strasbourg, les prisonniers sont  entassés  mais ils espèrent que le plus dur est passé, leur moral reste bon.
D’abord emprisonnés à Strasbourg  puis à nouveau interrogés par l’Abwehr aussi appelé AST, 128 résistants d’Alliance sont dispersés dans plusieurs prisons allemandes de la région. Léon est enfermé à  Rastatt.
En février, l’AST transmet  des dossiers d’accusation au Reichkriegsgericht (RKG) tribunal de guerre nazi. Celui-ci s’empresse de classer les prisonniers « Nacht und Nebel » et leurs dossiers « secret ».  Etre  NN signifie perdre tout espoir d’être libéré un jour et de disparaître sans laisser aucune trace. Les familles ne devaient plus jamais avoir des nouvelles de leur parent.

Les conditions de détention sont terribles, ce sont celles de prisonniers NN, soumis à l’isolement absolu, travaillant 12h par jour dans leurs cellules qu’ils ne quittent que pour une courte promenade quotidienne dans la cour, avec interdiction de parler. Le père de léon sait que son fils scie à la main du bois pour gazogène. Sans doute, réussissent-ils à communiquer entre eux par les tuyaux ou en morse à travers les murs. Ils sont si mal nourris, privés de matières grasses, qu’ils tombent de faiblesse. Brutalités et séjours au cachot sont fréquents. L’AST de Strasbourg les soumet régulièrement à de nouveaux interrogatoires éprouvants moralement qui durent de 8 à 18 heures avec une pose d’1 heure, sans violences physiques mais avec de grosses pressions psychologiques. Pour les Allemands, il était capital d’obtenir le numéro de code du radio afin d’infiltrer le Réseau. Léon et ses camarades n’ont pas flanché. La prison de Rastatt compte 200 prisonniers politiques de toutes nationalités en juin 44.

Alliance sera jugé par le  RKG qui siège à Torgau près de Berlin mais qui se déplacera deux fois en 1944,  en mars-avril et le 28 juin, à Fribourg-en-Brisgau.  Pour leur procès, les prisonniers sont amenés à la prison militaire de cette ville.
Léon a-t-il été jugé ? Là aussi les avis divergent.
D’après Auguste Gerhards, dont le travail est très sérieux, Léon, accusé de haute trahison envers l’Etat pour espionnage et transmissions radios avec les Alliés, doit comparaître avec 8 camarades devant le IIIème Sénat  du RKG, Cour composée de 2 généraux, 2 colonels et 1 capitaine, leur procès portant le n°65 de l’année 1944 (référence : 65/44). Les 5 avocats allemands, qui ne sont pas membres du parti nazi, chargés de la défense du réseau Alliance, raconteront, après guerre, avoir été frappés par la grande dignité, la personnalité si sympathique et le patriotisme de ces prisonniers  qui étaient tous conscients des risques encourus dès leur engagement dans la Résistance. Les avocats insistaient sur le fait que  leurs « clients » avaient agi par pur patriotisme, de façon désintéressée, parce qu’il pensait que leur devoir envers la France l’exigeait mais que leurs intentions n’avaient rien de blâmable. Les juges s’en souciaient fort peu et, dans un climat de haine et de sarcasmes envers  la France et la Résistance, condamnaient pour espionnage, sans que le prévenu ait eu droit à la parole.
S’il est passé devant le tribunal, on ignore le verdict concernant Léon. M. Gerhards et Mme Fourcade affirment qu’il a été condamné à mort mais sa sœur parlera de peine de détention. Ce qui est sûr c’est que les 53 condamnés à mort du printemps 1944 sur les 128  prisonniers dont parle l’AST de Strasbourg avaient été exécutés rapidement avant septembre 1944. Soit Léon est resté en attente de jugement, soit il a été condamné à une peine de prison.
Guy Caraes pense que Léon n’a pas été jugé, son dossier était encore à l’automne 1944 en préparation au tribunal de Fribourg, ce qui est surprenant presqu’un an après son arrivée à Rastatt mais avec l’avance des Alliés vers l’Est, le RKG avait suspendu ses sessions. D’ailleurs, dans son dossier qu’il a pu consulter à Berlin, il n’y a pas grand-chose. La photo anthropométrique,  qui le montre de profil, portant une petite moustache comme son père, fait partie de l’album du réseau Alliance destiné au tribunal.

Hélas, le 24 novembre 1944, l’Obersturmführer Julius Gehrum, « un géant au facies de brute, avec une cervelle d’idiot », chef de l’AST III de Strasbourg, escorté des Kriminallkommissair Erwin Schoenner et Kriminalsekretär Reinhard Brunner, obéissant aux ordres du Haut Commandement de la Wehrmacht, débarque à Rastatt, à 10 heures  et exige qu’on lui remette les 8 ou 9 détenus de la région Centre, les 3 autres étant emprisonnés à Fribourg, afin de leur donner « la liberté dorée ».



Gehrum

Après la guerre, Gehrum déclarera que l’exécution des prisonniers eut lieu près d’un blockhaus et d’un pont en bois situés à Plittersdorf , à quelques kilomètres de Rastatt, sur les bords du Rhin. Attachés nus deux par deux, ils reçurent une balle dans la nuque et leurs corps furent jetés dans le fleuve. Cette action fait partie de ce qu’on appellera plus tard la « Semaine sanglante de la Forêt Noire » du 20 au 30 novembre 1944 qui aura permis d’assassiner  67 survivants d’ Alliance  enfermés dans diverses prisons de la Forêt Noire et de la région de Bade  mais qui, parce que classés Nuit et Brouillard, ne devaient pas vivre et retrouver la liberté. Elle coïncide avec l’arrivée de l’armée américaine de Patton à la frontière du Rhin et à la libération de Strasbourg le 23 novembre par la 2ème DB du général Leclerc. Seuls 5 prisonniers sur 128 survivront.

Léon venait juste d’avoir vingt quatre ans. Ce jeune homme facétieux était devenu un héros.

Dès la fin des hostilités, son père multiplie les démarches pour retrouver son fils mort ou vivant dont il n’a jamais reçu de nouvelles depuis son arrestation. Il sait seulement que le 9 juin 1944 il vivait encore, en bonne santé bien que très amaigri, vêtu d’un uniforme de gendarmerie française recouvert d’un pantalon de treillis et d’un bourgeron (courte blouse de grosse toile). Comment le sait-il ?
Il prend contact avec Mme Fourcade. Début octobre, il dépose une demande de recherche de déportés. Parallèlement, il mène sa propre enquête  et s’agace de l’inertie de l’Administration à qui il écrit le 24 octobre : « Je n’ai plus de photo de mon fils, je les ai toutes envoyées à différents services dont les recherches n’aboutissent à rien vu qu’elles ne sont pas faites sérieusement. A quoi vous servirait  une photo ? S’il est vivant en Allemagne, il répondra à l’appel de son nom ; s’il est mort et enterré dans une fosse, la photo est inutile, le temps a fait son effet, il est trop tard pour l’identifier. Cherchez- le donc à Rastatt, voyez le gardien ou sa famille qui vous diront où Mury a été envoyé au moment de l’avance américaine. Cherchez encore à Bruchsal, Baden-Baden, Stuttgart, Fribourg. Il est dans cette région et c’est la zone française. Nos angoisses ne sont plus supportables, sortez-nous de là ».

Une messe de commémoration est célébrée le 30 novembre 1945 au Sacré Cœur de Paris pour les héros d’Alliance.  Louis et Léo Mury y assistent. La cérémonie est grandiose, le général de Gaulle s’est fait représenter ainsi que le War Office et l’ambassade de Grande Bretagne. La basilique est décorée de drapeaux français et alliés ; l’armée de l’Air et la Marine rendent les honneurs. La sonnerie du clairon suivie de la Marseillaise rendent un suprême hommage. Mais, les parents ont déjà perdu tout espoir.

Sitôt la fin de la guerre, Mme Fourcade a enquêté sur ses agents disparus.
Le 8 décembre 1945, elle écrit aux malheureux parents pour leur confirmer la mort de leur fils et ce qu’elle en sait :
« J’arrive d’Alsace où j’ai pu interroger l’affreux Gehrum, l’un des chefs de la Gestapo de Strasbourg. Sans difficulté, il nous a avoué ses crimes. J’ai l’immense tristesse de vous dire que tous les détenus d’Alliance qui se trouvaient encore à Rastatt le 24 novembre ont été tués par lui et son équipe et jetés dans le Rhin. Ils étaient onze mais le monstre ne se souvient pas des noms et a perdu ses archives ! Il est allé les chercher à 10 heures à la prison et les a fait exécuter, attachés nus deux par deux, d’une balle dans la nuque. C’est vous dire que malgré l’épouvantable fin de ces martyrs, leur souffrance a été brève et brève aussi leur angoisse. Il n’y a aucune trace des détenus de Rastatt dans d’autres camps ou prisons et nous devons, hélas, nous résigner à croire l’atroce réalité ».  
Les registres de Rastatt ayant été détruits par le gardien-chef Hoer avant qu’il ne s’enfuit, c’est son adjoint Voegele ainsi qu’un captif rescapé qui identifièrent les fusillés sur des photos.
Malgré cette lettre, dans un courrier adressé fin décembre au capitaine Huet, membre d’Alliance,  Louis Mury dit sa conviction que son fils n’a pas été tué à Rastatt le 24 novembre mais seulement le 28 à Fribourg, à la porte du tribunal, en compagnie de 7 camarades dont son chef Kauffmann. Ce sont des renseignements donnés par le résistant breton Launay qui amènent Louis  à cette certitude surprenante qui montre son immense désarroi. Il prend aussi contact avec les familles des camarades de son fils et notamment avec Mme Frumin.  On ignore si Louis Mury s’est rendu sur les traces de son fils en Pays de Bade et Forêt Noire.
Il ne réclame pas que son cadavre soit recherché, ayant compris que c’était inutile.  Cela fait déjà un an que son corps a été jeté dans le Rhin et à Plittersdorf le courant est particulièrement rapide.

Le 26 janvier 1946, toute la famille Mury est rassemblée autour des pauvres parents pour une messe dans une église de Rennes. N’avoir pas pu donner une sépulture à leur enfant  ajoute encore à leur peine. Certains ont pensé que l’avoir prénommé comme son oncle  ne lui avait pas porté chance.

Le 2 septembre 1946, Louis et son épouse  se rendent au camp de concentration du Struthof en Alsace (ce qui a fait croire à tort à la famille que Léon avait dû y mourir) pour une cérémonie religieuse et mémorielle ;  on fait l’appel des noms de tous les morts d’Alliance : un millier d’agents avaient été arrêtés, 438 périrent. Voici les mots par lesquels un des survivants du Réseau conclut son hommage : « Il n’y a pas de langue, il n’y a pas de musique pour transcrire  les chants et les prières de nos morts. Leur vie a trouvé en elle-même sa justification et sa récompense. Nous attendrir serait profaner leur souvenir. Le royaume des morts est la solitude. Notre hommage suprême le silence ».  

Il ne reste plus à Louis Mury qu’à œuvrer pour honorer la mémoire de son fils. Il y consacrera ses  dernières forces.  Léon, ayant été officiellement reconnu mort le 10 février 1947,  reçoit le 12 le grade de sous-lieutenant à titre posthume et, le 22, est déclaré « Mort pour la France » en tant que FFI (Forces Françaises de l’Intérieur) puisqu’en septembre 1943 les agents d’Alliance avaient obtenu un statut militaire qui les assimilait à l’armée régulière, les civils étant considérés comme des appelés. En mai suivant, la Croix de guerre avec palme et citation à l’ordre de l’armée ainsi que la Médaille de la Résistance  lui sont accordées. Le texte de la citation indique «Opérateur-radio habile et d’une audace à toute épreuve qui a transmis quotidiennement des renseignements navals et militaires de la plus haute importance. Pris en plein travail dans un guet-apens en même temps que ses chefs, il est tombé victime de son devoir. Malgré les tortures et les privations n’a jamais parlé. Par l’excellence de son travail et par son sacrifice, il est de ceux qui ont permis à la France de vaincre ».

En 1948, son père demandera que le titre de résistant-déporté lui soit attribué.

Une rue de Rennes s’appelle Léon Mury ; son nom est inscrit dans la salle consacrée à la mémoire des soldats rennais  au Panthéon de la mairie. On le trouve aussi  sur la plaque fixée sur un muret érigé dans l’enclos de la Résistance, derrière le monument aux morts de Saint Malo.
En 1995, pour le cinquantième anniversaire de la libération des camps, la Fondation pour la Mémoire de la Déportation crée le Livre-Mémorial des Déportés de France. Léon fait partie des 86 000 personnes recensées.
Le nom de Léon est gravé sur la plaque commémorative de la base sous-marine de Bordeaux, dévoilée le 6 juin 1997 par le maire Alain Juppé. On peut y lire l’inscription suivante : « Le Réseau Alliance secteur Sud-Ouest à ses fusillés : Après de longs mois passés dans les geôles nazis, leur sacrifice a permis de renseigner le Commandement Allié sur les mouvements des navires militaires allemands, sous-marins et torpilleurs arrivant et partant de l’Arsenal de Bordeaux. Bientôt, on ne saura plus ce qu’ils ont fait, ni pourquoi ils l’ont fait, même si c’était nécessaire de le faire, voire les plaindre d’être morts pour rien. Je voudrais qu’on ne les oubliât pas et que l’on comprît surtout quelle était la divine flamme qui les animait » signé Marie Madeleine Fourcade dite Hérisson.
L’arrêté du 26 février 2013 autorise la mention « Mort  en déportation » sur l’acte de décès de Léon qui le dit mort à Strasbourg par erreur. Dès 1949, son acte de naissance indiquait qu’il était déporté mort pour la France.
Le 31 août 2014, une stèle portant les noms des 29 captifs des prisons de Kehl, Bühl et Rastatt  fusillés lors de la « semaine sanglante » est inaugurée au Jardin des 2 Rives, parc transfrontalier entre les villes allemande et française de Kehl et Strasbourg, symbole de l’amitié qui lie désormais les deux nations.
A Plittersdorf, le décor a changé : le blockhaus et la passerelle n’existent plus. Aucune plaque ne rappelle le drame. Sur la rive opposée, c’est la France,  dernière vision qu’en aura eu Léon.

Mme Fourcade a rédigé un document historique appelé « Mémorial d’Alliance », fondé une Amicale  et apporté son aide aux familles dans le besoin. Puis, vers 1965, elle publiera un épais volume relatant l’histoire des 5 années du Réseau.

Louis et Léo ont continué à vivre courageusement,  parlant peu de la fin dramatique de leur fils. Dans les années d’après-guerre, les Français sont incapables d’entendre les horreurs des camps. Maigre consolation, ils reçoivent une pension de l’Etat.
Louis Mury meurt en 1949, âgé seulement de 57 ans ; sa santé était mauvaise depuis longtemps mais la disparition de son fils a hâté  la sienne. Après la guerre, il racontait que, grâce à lui, un pont de Rennes avait pu être sauvé d’un bombardement.
Gehrum a été jugé et exécuté en 1947. Lors de son procès, il rappellera avoir reçu des ordres de ses chefs de Berlin qui exigeaient l’exécution systématique d’Alliance, ordres auxquels il devait obéir en officier discipliné.






Il a été nommé sous lieutenant à titre posthume et  Croix de Guerre pour fait d’armes à Fontenay le conte.
avatar
Asdic
Admin

Messages : 692
Date d'inscription : 27/10/2015
Localisation : Yerres

Voir le profil de l'utilisateur

Revenir en haut Aller en bas

Voir le sujet précédent Voir le sujet suivant Revenir en haut

- Sujets similaires

 
Permission de ce forum:
Vous ne pouvez pas répondre aux sujets dans ce forum