Naufrage du Lancastria

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Naufrage du Lancastria

Message par P. Vian le Dim 8 Oct - 15:59

LANCASTRIA ET TEIRESIAS
La débâcle de 1940
Juin 1940. La défaite des armées alliées est complète. C’est la débâcle totale. Civils et militaires refluent vers l’ouest en longues colonnes que les avions allemands mitraillent. L’amirauté britannique tente de récupérer les troupes anglaises. Une partie du corps expéditionnaire qui n’a pas pu gagner à temps Dunkerque ou les ports de la Manche  a reçu l’ordre de se diriger vers les ports de l’Atlantique en vue de son évacuation. A Liverpool, Harry Grattidge, second du paquebot Lancastria, est à l’écart des évènements dramatiques. Il est resté consigné à bord pour surveiller les préliminaires au carénage de son bateau. Mais en début d’après midi du 14 juin 1940, l’inspecteur générale de sa compagnie – la célèbre Cunard Line- lui donne l’ordre de faire cesser les travaux et de rappeler l’équipage en permission. Le paquebot doit appareiller à minuit pour une mission urgente mais non spécifiée. « Gros ennuis » est la seule précision donné par l’inspecteur générale.
Dans la nuit, le Lancastria appareille pour Plymouth. Son destin est scellé. A Plymouth, il retrouve un navire de la même compagnie, le Franconia. De conserve, les 2 navires mettent le cap sur Brest. Lorsqu’isl atteignent le port breton, les réservoirs d’essence flambent et d’épaisse colonnes de fumées masquent le rivage. Les 2 paquebots sont arrivés trop tard. Guidés par le remorqueur Agathe, ils tentent de mouiller sous Belle Ile. Un avion surgit en hurlant de la brume. Il lâche une bombe qui tombe entre les 2 navires. L’explosion endommage cependant le Franconia qui est obligé de mouiller sous Quiberon pour réparations avant de rentrer à Liverpool. Le Lancastria continue seul vers Saint Nazaire.
A l’aube du 17 juin, le Lancastria s’apprête à mouiller au large de la pointe Saint Gildas. Le jour  qui vient de se lever dévoile un spectacle impressionnant. Partout où le regard se porte, des navires de toutes tailles et de toute sorte sont au mouillage. Le capitaine Sharp  de la passerelle du Lancastria dénombre près de cent navires. Au milieu de cette armada des destroyers anglais  assurent une manœuvre ininterrompue pour embarquer les troupes sur les navires en attente. Ils sont aidés par une multitude de bateaux de servitude ; remorqueurs, pilotes, baliseurs…… Tôt le matin, l’embarquement commence. Des centaines, des milliers de soldats. Mais aussi des femmes, des auxiliaires de l’armée anglaise, infirmières ou des religieuses. Il y a aussi des réfugiées qui fuient les allemands et qui sont accompagnées de leurs enfants. Bientôt le Lancastria est comblé. Il est difficile de se déplacer à bord. On se heurte à des sacs, à des casques, à des soldats installés partout. Le commandant Sharp avait prévu d’embarquer un nombre déterminé de personnes, mais sous la pression des évènements la limite qu’il s’était fixé est rapidement dépassée.
Pendant ce temps, les transports continuent d’affluer vers Saint Nazaire      . Le cargo Teiresias de la Blue Funnel Line a reçu l’ordre d’appareiller de d’Avonmouth. Il approche de Saint Nazaire. Son commandant J.R. Davies a reconnu les atterages de l’embouchure de la Loire. Devant lui, il distingue la fumée des 2 cheminées du paquebot Oronsay.
Un peut avant 15h, le commandant Sharp décide de ne plus prendre de passagers. Harry Grattidge, le second, ferme les sabords au moment où un contre torpilleur se prépare à accoster et refuse de lui prendre les amarres. Une bordée d’injures part de la passerelle du destroyer qui se dirige vers l’Oronsay qui vient de jeter l’ancre.
Peu après 15h, des avions apparaissent dans le ciel. Ils lancent une première attaque, mais les bombes tombent dans l’eau sans faire de dégâts. Par signaux un contre torpilleur donne l’ordre au Lancastria d’appareiller. Le commandant Sharp réplique en demandant au destroyer de l’accompagner. Le capitaine Sharp craint les sous marins allemands. Comme le contre torpilleur ne répond pas, Sharp fait venir son second. Ensemble les 2 hommes décident d’attendre que l’Oronsay ait fini son embarquement pour faire route avec lui. Les 2 marins viennent de commettre une erreur d’appréciation fatale/ Tout au souvenir des ravages causés par les sous marins  allemands lors de la précédente guerre, ils négligent le danger que représente les avions. Il est vrai que l’aviation a fait d’énorme progrès en 20 ans et que peu de personne réalise qu’elle sera la clé de la guerre qui vient de commencer.
 Tandis que l’état major du Lancastria attend une hypothétique escorte, le Teiresias progresse. A son poste de veille dans la timonerie le capitaine J.R. Davies voit soudain une nuée d’avion argentés se diriger vers les bateaux au mouillage et fondre sur eux comme des rapaces. Le bombardement en piqué est leur mode d’attaque. Il s’agit de des Junkers 88 de l’escadron allemand Kampfgeschweder I/30 swarmed spécialisé dans la guerre contre les navires. Depuis le Teiresias l’attaque ne semble pas avoir eu d’effet. Pourtant l’Oronsay  a été touché et sa timonerie est détruite.
Dix minutes plus tard une seconde vague d’avions prend pour cible le plus gros des bateaux en rade : le Lancastria. Quatre avions se placent dans le soleil pour ne pas être repérés et attaque le paquebot en ligne de file. A 15h48 une première bombe tombe dans la cale n°2, une seconde traverse la salle à manger, puis finit par exploser dans les soutes à mazout. La troisième traverse le pont à proximité de la cheminée et pulvérise la chambre des machines. La dernière atteint la cale n°4. Le bruit des détonations est entendu s’est entendu du Teiresias qui vient de mouiller. Une épaisse fumée noire masque brusquement en partie la silhouette du Lancastria. Le capitaine Davies comprend aussitôt qu’une tragédie vient de survenir quelques miles devant lui. Sur le pont du Lancastria, c’est l’horreur. Harry Grattidge, le second, rapportera plus tard : « puis la fumée flotta, s’écarta, nous vîmes alors le spectacle le plus terrifiant que le Lancastria pût nous offrir : un magma de sang, de mazout, de bois éclaté, répandu sur le pont tandis qu’une eau blanche et bouillante déferlait en hurlant depuis la cale n°4, au fond du navire ».
Deux minutes plus tard, les marins du Teiresias voient avec stupeur le paquebot s’incliner sur tribord puis s’enfoncer.

Mais ils n’ont pas le temps de porter au secours du Lancastria : les avions se dirigent sur eux. Il est 15h54 quand une bombe ouvre une brèche à travers le pont principal du Teiresias de tribord à bâbord sous la ligne de flottaison. La salle des machines et la chaufferie sont immédiatement inondées. Le capitaine Davies ordonne à l’équipage de se tenir prêt dans les canots de sauvetage. Le Teiresias prend un gite de 25° sur tribord. La majorité de l’équipage abandonne le navire et sera récupéré par le HMS Oracle.
Pendant ce temps le drame du Lancastria se joue. Le paquebot s’enfonce par l’avant. Seuls huit canots de sauvetage ont pu être mis correctement à l’eau. Les autres sont restés bloqué par la gîte ou se sont renversés avant d’atteindre la mer. Les passagers sautent à l’eau. Certains se tuent en heurtant la coque ou les épaves flottantes. D’autres sont blessés ou tués par les objets en bois que les marins du Lancastria jettent par-dessus bord comme on leur à appris. A 16h02 le Lancastria se couche sur bâbord, la cheminée est submergée et les hélices sont hors de l’eau. A 16H12 le paquebot disparait. Des milliers de personnes se débattent dans la mer couverte de mazout. Beaucoup sont blessés ou brûlées. La plupart suffoquent dans le mazout. Harry Gratidge n’est plus qu’un naufragé parmi les autres. Il racontera son sauvetage de la manière suivante : «  le mazout s’insinuait le long de mon corps  comme un sirop noir et glacé. A mes côtés, pendant que je nageais vers une eau propre, je vis un homme épuisé, les yeux exorbités. Je crachai du mazout et le saisi aux cheveux, puis je nageais en louvoyant. Arrivé dans des eaux  claires, je me tortillais pour mieux l’aider. Alors mon estomac me tomba dans les talons : ce n’était qu’une tête ».
S’acharnant sur leur proie, les avions de la Luftawaffe mitraillent le paquebot en train de couler ainsi que les naufragés. Dans l’espoir d’enflammer la nappe de carburant, les pilotes larguent des bombes incendiaires, sans résultat. Les junkers sont aussi revenus pour ache ver le Teiresias. A 16h15 une bombe frappe à nouveau le cargo. Les derniers membres de l’équipage évacuent le navire. Un peu plus tard le Homlside les prendra à son bord.
A l’endroit où le Lancastria vient de disparaître, les bateaux affluents pour procéder au sauvetage de la multitude de têtes qui essaient de se maintenir au-dessus de l’eau et du mazout. Une barque de pêche recueille Harry Grattidge et le dépose sur l’Oronsay. Mais plus de 4000 personnes auront trouvé la mort dans la catastrophe. En fin d’après midi les navires anglais prennent le chemin de la Grande Bretagne avec leur chargement de rapatriés et de rescapés. A 19h23 le Sir John Holt en route pour Falmouth passe près du Teiresias. Son capitaine Harry Fuller note : «  il était abandonné gîtant sérieusement sur tribord ». Peu de temps après le cargo coule en chavirant dans un lent mouvement. La tragédie du Lancastria occultera complètement le naufrage du Teiresias, à tel point que les registres du SHOM signaleront son naufrage étant intervenu en 1945 .
Lancastria : LONGUEUR DE 169 METRES ET LARGEUR DE 21 METRES
Construit en 1921. Il participe dans les premiers mois de la guerre il participe à divers convois à travers l’Atlantique Nord. Il est aussi réquisitionné pour rapatrier les soldats après la campagne de Norvège. A cette occasion, il est attaqué par des bombardiers allemands, mais sans dommage. Cette expérience a peut-être influencé le décision du commandant Sharp devant Saint Nazaire.



CI-DESSUS LE LANCASTRIA
Le Teiresias :
LONGUEUR 138.68 METRES
LARGEUR 17.96 METRES
Construit en 1914. Il fut endommagé par une mine allemande durant la 1ère guerre mondiale dans le canal de SUEZ.

UNE APPARITION FANTASTIQUE
La véracité de l’anecdote suivante peut être contestée. La tempête la plus forte peut-elle soulever une masse de 20000 tonnes ? Elle mérite cependant par son aspect fantastique d’être rapportée. Elle a été racontée par un historien du pilotage.
« Pendant l’occupation allemande, la Loire n’était plus fréquentée que par des sous marins, des unités légères de patrouille, des transports rapides forceurs de blocus aucun de ces navires ne fut évidemment bien confiés aux pilotes locaux qui furent pourtant obligés de partir chaque matin en station et de rentrer à la nuit ; navigation sans objet ni intérêt hormis cette curieuse histoire : un matin d’hiver  par mauvais temps le bateau pilote descendait le chenal, en route pour une journée de mer inutile comme les autres. Par habitudes pourtant , certains veillaient dans le suroît d’où avant guerre arrivait les navires, la pluie se mêlait aux lames grises, le bateau tanguait, son étrave montait vers le ciel puis dégageait brusquement l’horizon et soudain on aperçut la silhouette fantomatique d’un navire inconnu qui semblait attendre stoppé au loin dans la grisaille. En approchant on reconnût les mats et les superstructures dévastées de l’épave du Lancastria. Ce grand cadavre chaviré venait d’être un moment à demi-redressé  par la poussée du grand temps d’Ouest, quelques heures plus tard il sombrait à nouveau. Seuls émergèrent ses mâts qui servirent ensuite de but aux cannoniers allemands passant à proximité. ».
Pierre Guillou, pilote de la Loire, Pilote d’hier ….Pilotes d’aujourd’hui.

L’AMNESIE DE WINSTON CHURCHILL
Dans ses mémoires « La deuxième guerre mondiale », Winston Churchill raconte comment il oublia de rendre public le naufrage du Lancastria.
Un épisode effroyable se déroula le 17 à Saint Nazaire. Le Lancastria, paquebot de 20000 tonnes, fut bombardé et incendié avec 5000 hommes à bord juste au moment d’appareiller. Une couche de mazout en flammes se répandit sur l’eau tout autour du navire et plus de 3000 hommes trouvèrent la  mort. Les autres furent sauvés par l’intervention héroïque des petites embarcations qui opérèrent sous le feu continu de l’aviation ennemie. Lorsque ces nouvelles me parvinrent au cours de l’après midi, dans la paisible salle du conseil, j’en interdis la publication, ajoutant que « les journaux avaient bien assez de désastres en pâture, du moins pour ce jour-là ». J’avais l’intention de laisser passer la nouvelles quelques jours plus tard, mais des évènements si lourd de menace, s’amoncelaient si rapidement au-dessus de nos têtes que j’en oubliai de lever l’interdiction, et quelques années s’écoulèrent avant que la nouvelle de cette effroyable catastrophe deviennent publique.

SOURCE : NAUFRAGE DANS L ESTUAIRE DE LA LOIRE par Alain FOULONNEAU et André MEIGNEU.

Notes personnels : J’ai vu ces objets provenant du Lancastria chez un collectionneur. Aujourd’hui l’épave est considérée comme un cimetière militaire avec interdiction d’y plonger. Avant cela de nombreux objet furent remontés par des plongeurs et collectionneur. Je vous déconseille d’y plonger sans un EXCELLENT PLONGEUR PROFESSIONNEL ET SANS UNE METEO PARFAITE, le site de l’épave étant extrêmement assombrie par les sédiments charriés et par le fort courant. Le site de l’épave est marqué d’une bouée rouge et chaque année, des commémorations s’y font à l’anniversaire du naufrage avec des survivants ou les familles des victimes. Les cadavres des victimes furent retrouvés dans toutes la Baie de Bourgneuf et entérrés par les habitants. Les crabes se nourrissant des cadavres les habotants refusèrent de pêcher les crabes durant une certaine période.



Avec les images c'est mieux 

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