FNFL et Ecosse - article cols bleus sept 2017

Aller en bas

FNFL et Ecosse - article cols bleus sept 2017

Message par Asdic le Mar 24 Avr - 14:53

Publié le 13 Septembre 2017 - Source : Alex Moisset et CC(R) Emmanuel Cocher

À l’occasion du 70ème anniversaire du départ d’Écosse des Forces navales françaises libres (FNFL) qui ont combattu aux côtés de la Royal Navy pendant toute la Seconde Guerre mondiale, une cérémonie commémorative a eu lieu le dimanche 13 novembre 2016 au monument français de Lyle Hill à Greenock (sur l’estuaire de la Clyde, à l’ouest de Glasgow). Ce monument, marqué par une grande croix de Lorraine blanche dont une ancre forme la base, a été inauguré le 18 janvier 1946 par le Premier Lord de l’Amirauté britannique, après le départ des derniers navires français. Il honore la mémoire des 8 358 marins français libres morts au combat, ainsi que les 1500 victimes parmi les marins du commerce.





Un peu d’histoire…

L’Ecosse, base-clé pour les FNFL (1940-1946)

Créées le 1er juillet 1940 sur ordre du général de Gaulle, les FNFL étaient placées sous le commandement du vice-amiral Muselier. Le 22 juillet 1940, elles ne comptent que 1084 marins et officiers. Au 15 août, 93 officiers, 22 aspirants et 165 officiers mariniers forment les cadres des FNFL. Au 15 décembre, ses effectifs globaux atteignent 3309 marins et officiers.1 Ces marins français libres sont répartis dans plusieurs bases, rapidement organisées : six outre-mer (en particulier en Afrique équatoriale française, au Levant, en Égypte et dans le Pacifique) et sept en Grande-Bretagne, Angleterre (Portsmouth, Cowes, Plymouth, Liverpool, Londres) et Écosse (Dundee à l’est sur la mer du Nord, et Greenock à l’Ouest vers l’Atlantique). Il faut également mentionner la base d’Achnacarry, également située dans le Nord-Ouest de l’Écosse, qui accueille dès 1942 des volontaires français pour une formation de commando qui permet, à l’issue d’un stage de six semaines, les plus aptes à constituer une unité d’élite rattachée au 10ème commando interallié, au sein d’une compagnie commandée par Philippe Kieffer et rattachée à la 1st Special Service Brigade du général de brigade Lord Lovat, un Ecossais, s’illustrera en Normandie.

Comme l’explique le général de Gaulle dans ses Mémoires :

« Tandis que les unités des forces terrestres stationnées en Grande-Bretagne font l’instruction d’éléments destinés à combattre ailleurs, c’est à partir des ports anglais que la plupart de nos forces navales prennent part, sur l’Atlantique, la Manche, la mer du Nord, l’Arctique, à la bataille des communications. Pour le faire, tout nous commande de profiter des bases alliées. Nous n’avons, en effet, nulle part, aucun moyen qui nous soit propre de réparer, d’entretenir, de ravitailler nos navires. A fortiori, ne pouvons-nous pas les doter des moyens nouveaux : défense contre avions, asdic, radar, etc., qu’exige l’évolution de la lutte. Enfin, sur le vaste théâtre d’opérations maritimes dont l’Angleterre est le centre, il faut l’unité technique et tactique des efforts. C’est pourquoi, si les navires que nous armons nous appartiennent entièrement, quelle que soit leur origine, s’ils n’ont de pavillon que tricolore, s’il n’y a, pour les états-majors et pour les équipages, d’autre discipline que française, s’ils n’exécutent de missions que par ordre de leurs chefs, bref si notre marine demeure purement nationale, nous avons admis, qu’à moins d’épisodes qui nous amènent à l’utiliser directement, elle fait partie, pour l’emploi, de l’ensemble de l’action navale menée par les Britanniques. Elle s’y trouve, au demeurant, dans un système admirable de capacité, de discipline, d’activité, qui réagit sur sa propre valeur. Les Anglais, de leur côté, appréciant fort ce concours, prêtent aux forces navales françaises libres un large appui matériel. Leurs arsenaux, leurs services s’ingénient à mettre en état et à pourvoir nos navires, en dépit des différences de types et de l’armement. Les matériels nouveaux qu’utilise l’armée britannique sont fournis sans retard à la nôtre. Des bateaux neufs : corvettes et vedettes, plus tard frégates, destroyers, sous-marins, nous sont offerts sitôt construits. Si notre petite flotte réussit à jouer un rôle et à soutenir sur les mers l’honneur des armes de la France, c’est grâce à l’aide alliée comme aux mérites de nos marins.

Je le constate chaque fois que je vais voir quelqu’une de ses fractions à Greenock, Portsmouth, Cowes, Dartmouth. Étant donné le caractère de la lutte, étant donné aussi l’effectif réduit dont nous disposons, nous n’armons que de petits bâtiments. Mais, à bord de ceux de la France Libre, on pousse l’effort jusqu’à la limite du possible. »2

Cette coopération militaire interalliée s’est manifestée en Écosse par un renouveau de la fraternité franco-écossaise, dans l’esprit de la Vieille alliance, notamment avec l’inauguration le 23 juin 1942 par le général de Gaulle de la Scottish Free French House à Edimbourg, l’actuelle résidence consulaire dont on fête les 75 ans en 2017. Le Général, dont l’arrière-grand-mère était Ecossaise, et qui aurait dit « se sentir comme chez lui » à son arrivée en Écosse, écrit ainsi à ce sujet :

« Les Amis des volontaires français, groupement dirigé par Lord Tyrrell, Lord de la Warr, Lord Ivor Churchill, formé surtout de Britanniques, en Écosse le Comité de coordination de la France Combattante, sous l'amicale présidence de Lord Inverclyde, prodiguent à nos combattants une aide aussi intelligente que généreuse»3.


Le port de Greenock

1940, premières missions depuis Greenock

Greenock, lieu d’un naufrage dramatique (la perte accidentelle du Maillé-Brézé, le 30 avril 1940), devient rapidement une base majeure pour les FNFL : quelques-uns des rares navires français libres à la disposition du général de Gaulle et Muselier s’y regroupent.

Le Savorgnan de Brazza, déjà. Son premier commandant raconte que l’aviso « appareilla de Portsmouth le 21 août 1940 au soir au beau milieu d’une alerte aérienne, et fit route sur Greenock, évitant de justesse dans le canal de Saint-Georges les bombes de trois avions allemands ».4

Il est vite rejoint par le Commandant-Duboc.

« 29 août 1940. Entrons dans l’embouchure de la Clyde. Mouillage à 15h, à Greenock. Mouillons près de l’épave du Maillé-Brézé. Le bâtiment de guerre français a brulé dans le port voici plusieurs mois après la violente explosion d’une de ses torpilles. Il fut conduit dans le milieu du fleuve, où il est maintenant échoué. On aperçoit ses deux mâts et trois cheminées. La 4ème a dû sauter lors de l’explosion. »5

Le 31 août, un convoi de transports de troupes se forme, escorté notamment par les avisos dragueurs Commandant-Duboc et Commandant-Dominé ; les navires s’apprêtent à appareiller – c’est le début de l’opération de Dakar :

« 31 août. Le Commandant-Duboc et le Commandant-Dominé, accompagnés de quelques bâtiments britanniques, escorterons des transports et cargos transportant des légionnaires français avec leur armement […]. Levons l’ancre à 20h. L’équipage, aligné sur le pont, chante La Marseillaise. Nous échangeons des hurras avec l'équipage du Vikings, chalutier armé des FNFL, puis avec les bâtiments britanniques que nous doublons6. »

En plus des légionnaires, les cargos transportent le matériel et les munitions du Premier bataillon de fusiliers marins (1er BFM) créé par l’amiral Muselier le 14 juillet 1940, dont des éléments sont aussi à la disposition du général de Gaulle ; ceux-ci avaient insisté pour « se battre corps à corps contre le boche, et ce fut l’origine du 1er Régiment des Fusiliers Marins »7 : ils participent ainsi à l’opération de Dakar, on les retrouvera à Bir Hakeim en 1942.

L’autre convoi en direction de Dakar, celui des transports de charge, est également escorté par des navires français libres, le patrouilleur Président Houduce et l’aviso colonial Savorgnan de Brazza, dont la mission était « de déposer puis de reprendre devant les passes la vedette portant l’équipe des parlementaires du commandant Thierry d’Argenlieu – qui allaient malheureusement être accueillis et atteints par les mitrailleuses de la défense de Dakar…

L’activité des navires français libres à Greenock ne s’arrête pas là. Des bâtiments-bases y sont rapidement amarrés. C’est le cas du vieil aviso Amiens, qui devient une école de mécaniciens, chauffeurs et électriciens, du torpilleur Ouragan, des avisos Arras et Diligente ; tous restent à quai pour servir de bases flottantes. En décembre 1940, enfin, les torpilleurs Léopard et Le Triomphant – ce dernier enfin réparé, après avoir subi des avaries lors d’un raid victorieux dans le détroit du Kattegat entre la Norvège et le Danemark en avril 1940 –, forment à Greenock la première division de torpilleurs des FNFL. 8

1941 : Greenock devient la base des corvettes françaises libres

En 1941, neuf corvettes sont cédées aux FNFL par la Royal Navy. Trois opèrent dans l’Atlantique sud (Les Commandant-Détroyat, Commandant-Drogou et Commandant-D’Estienne-d’Orves), tandis que les six autres pratiquent l’Atlantique nord et forment les 1ère et 2nde divisions d’escorte, composées respectivement des corvettes Mimosa, Alysse, Aconit et Lobélia, Renoncule, Roselys. Dès 1942, ces six corvettes françaises affectées à la protection des convois sont toutes rattachées au Western Approach Command, à la base de la Clyde, à Greenock. Cette base leur sera d’un grand secours pour les relèves, l’entraînement des équipages, le ravitaillement, les réparations, souvent pendant de très courtes escales de huit à dix jours, tandis que les missions d’escorte de convois durent un à deux mois…

Le rapport de M. Raoul Aglion, intitulé Enquête sur le ralliement des marins à la France Combattante, daté du 1er avril 1943, exprime avec force la condition de ces marins FNFL, tous volontaires et servant sur les corvettes depuis 1941 :

« Dans les FNFL :

1. – La paye est moins élevée que sur les bateaux de l’amiral Fénard ;

2. – La nourriture est moins abondante et moins bonne ;

3. – La discipline y est plus sévère ;

4. – Ils ont 80% de chances de perdre leur vie dans les unités des FNFL alors qu’ils ont 80% de chances de s’en sortir s’ils restent là où ils sont. En effet […] la France Combattante n’a pas de grosses unités. Les marins du général de Gaulle font leur service principalement sur des corvettes qui gardent et protègent les convois. De ce fait, ils sont continuellement en combat avec les sous-marins. La vie sur les cuirassés est beaucoup moins dangereuse, car les sous-marins évitent de les rencontrer.

Les marins auxquels ces discours ont été faits n’ont pas hésité, et ont signé leur engagement malgré ces avertissements sévères. »9

Les corvettes sont en effet de petits bâtiments qui tiennent bien la mer, quoique difficiles à vivre par gros temps, et relativement lents – 16 nœuds, une vitesse cela dit suffisante pour la poursuite des sous-marins submergés et limités à 9 nœuds. « C’étaient des escorteurs tout neufs, d’un millier de tonnes environ, pourvus des moyens de lutte les plus modernes contre les sous-marins », écrit l’amiral Auphan.10 Conçues d’après les plans d’un baleinier, elles devaient pouvoir être construites à bas prix et rapidement, en particulier par de modestes chantiers navals qui se consacraient d’ordinaire à la production de navires marchands ; ainsi plusieurs de ces corvettes, dont l’Alysse, ont été construites à Greenock, aux chantiers navals George Brown & Co ; tandis que les Commandant Detroyat, Lobelia et Roselys ont été construites à Aberdeen, et que l’Aconit et la Renoncule proviennent des chantiers navals de Troon et Renfrew.

Les corvettes françaises s’illustrent en premier lieu durant l’expédition de Saint-Pierre et Miquelon en décembre 1941. Le Lobelia venait tout juste de prendre son service, lorsque l’amiral Muselier s’y embarque, le 24 novembre 1941 à Greenock. Son objectif déclaré : l’inspection des corvettes françaises en missions d’escorte sur la ligne de l’Atlantique nord. Mais sa mission est toute autre. « Parvenu sur les côtes d’Islande et après avoir effectivement inspecté deux ou trois de ces bâtiments, il se transborda sur le Mimosa et mit le cap sur Saint-Jean de Terre-Neuve où il retrouva l’Alysse et l’Aconit. » Cette concentration de corvettes, puissamment soutenues par le Surcouf et ses canons de 203 mm, était supposée effectuer des exercices au large de Terre-Neuve ; si bien que le 24 décembre, lorsqu’elle se présente dans le chenal qui sépare Saint-Pierre de Miquelon, la surprise est totale. Sans un seul coup de feu, le ralliement était vite obtenu, et le gouverneur arrêté.

L’exploit de la corvette Aconit, dont Greenock fut le port d’attache, est un fait d’armes sans pareil dans l’histoire de la Seconde guerre mondiale. Sous le commandement du lieutenant de vaisseau Levasseur, l’Aconit a en effet coulé deux sous-marins, l’U-444 et l’U-432 à douze heures d’intervalle, le même jour, le 11 mars 1943. L’amiral Auphan raconte la bataille :

« En compagnie de la Renoncule, l’Aconit ramenait trois trainards d’un convoi d’Halifax – le H.X.228 – le 10 mars 1943, lorsque des sous-marins se manifestèrent. Au milieu de la nuit, le chef d’escorte, H.M.S. Harvester, signala qu’il s’était fait des avaries en abordant un sous-marin et ordonna à l’Aconit de rallier. C’est alors que la corvette française aperçut et éperonna l’U-444, celui-là même que son chef avait abordé en lui causant des dégâts superficiels. Quatre marins allemands recueillis par l’Aconit apportaient la preuve de cette première victoire. Mais la meute ennemie était bien fournie. L’Harvester eut son compte à 11 heures du matin. L’Aconit qui se précipitait à son secours repéra le coupable en surface à l’horizon. L’attaque dura vingt-trois minutes : grenades, canon, et pour finir, à 12h45, l’U-432 s’ouvrit en deux sous l’étrave de son vainqueur. L’Harvester était vengé dans l’heure qui avait suivi sa perte. Vingt prisonniers furent recueillis. Ils étaient, racontèrent-ils, à la soupe – célébrant peut-être leur victoire – quand l’Aconit avait attaqué. ‘J’espère, écrivit avec quelque férocité, dans son rapport, le LV Levasseur, qu’ils auront apprécié le dessert de mes dix grenades !’ »11

Du 19 juin 1941, date de son entrée en service, au 8 mai 1945, la corvette Aconit, compagnon de la Libération, aura escorté 34 convois et parcouru 84 000 milles marins en 405 jours de mer, coulé deux sous-marins, capturé 24 prisonniers, secouru 220 naufragés et participé au ralliement de Saint-Pierre et Miquelon.

Cette coopération militaire va de pair avec des manifestations de fraternité à l’égard des marins français libres qui continuent le combat dans des bases éloignées. À Greenock, un foyer est créé. Les marins sont choyés par l’hospitalité écossaise. La Free French House d’Édimbourg devient le centre de la culture française en Écosse ainsi qu’un lieu de repos pour les officiers en permission, avec films, conférences et concerts. Le philosophe Raymond Aron intervient pour situer la France libre dans l’Europe démocratique ; Paul Éluard évoque la poésie, la survivance de l’amour dans la guerre ; et le jeune Jean-Louis Crémieux-Brilhac, alors lieutenant, vient relater son évasion d’un Stalag allemand à travers la Pologne…


Le Rubis et les sous-marins basés à Dundee

Un mémorial pour les sous-mariniers de la neuvième flottille existe aussi en Écosse, à Dundee. La base navale HMS Ambrose abritait des sous-marins de 5 nations, dont des sous-marins français comme la Minerve et la Junon.12 Mais un autre sous-marin FNFL était basé à Dundee et ce dès mai 1940 : il s’agit du Rubis.

La destinée de ce bâtiment est singulière. Alors que le Danemark et la Norvège étaient envahis par les Allemands, en avril 1940, la première réaction alliée est d’entreprendre le minage des eaux norvégiennes pour interrompre le trafic de minerai de fer entre la Finlande et Allemagne ; mais pour obtenir un mouillage de mines efficace, il fallait agir rapidement. Le second-maître mécanicien Jean-Pierre Babin, qui servait à bord du Rubis, témoigne :

« À ce point, la Grande-Bretagne a un besoin urgent de mouilleurs de mines ; l’Amirauté britannique demandera donc la coopération de sous-marins mouilleurs de mines français. Le Rubis fut ainsi choisi pour appareiller sur l’Angleterre en avril 1940, mais il ne retournera en France qu’en 1945 ».13

Le Rubis part pour sa première mission de guerre le 3 mai 1940. Sa mission : une opération de mouillage de mines à l’entrée du port de Kristiansand, au sud de la Norvège ; aucune attaque à la torpille n’est autorisée avant le mouillage : trop d’explosifs sont à bord ; après la pose de ses mines, seulement, le Rubis se verra alloué un secteur de patrouille avant de rentrer à Dundee. La mission est un succès, malgré un contrordre de mouiller des mines, non plus à Kristiansand, mais à Egersund – ce qui est effectué le 10 mai. Le Rubis a ouvert son tableau de chasse : deux cargos sont coulés et un endommagé.

Une deuxième opération est vite planifiée. Entre le 23 et le 30 mai 1940, le Rubis devra s’infiltrer très loin à l’intérieur des fjords norvégiens, près de l‘entrée de Haugesund. « L’approche, le transit à travers le fjord, et le retour demanderont 36 heures de navigation en plongée. » La mission est accomplie sans encombre, malgré d’incessantes plongées en urgence, dues à l’activité aérienne ennemie ou aux patrouilles de torpilleurs allemands.

Les opérations s’enchaînent. Une troisième, du 5 au 12 juin, et semblable à la précédente, se passe également sans encombre. Cette fois, le Rubis mouille des mines à l’entrée Nord de Bergen.

« Malheureusement, après chaque retour de patrouille, les nouvelles de France sont de plus en plus mauvaises ». L’Amirauté française souhaite alors rappeler le sous-marin, mais considérant les services rendus par le Rubis, les Britanniques insistent pour une quatrième mission :

« Le départ du Rubis de l’Ecosse est fixé pour le 18 juin ; mais l’Amirauté britannique demande vivement que le Rubis ne retourne pas en France avec sa dernière cargaison de mines : elle demande que nous partions pour une 4ème mission, qui est accordée, à condition que le Rubis soit rappelé si un armistice est signé. »14

Ainsi, le Rubis reprend la mer. Sa destination : Trondheim, « où la quasi-totalité de la flotte allemande est basée. Il devra passer en plongée sous le torpilleur qui patrouille l’entrée du fjord, mais ne sera pas détecté et mouillera ses mines le 26 juin. »15

Entretemps, l’armistice a été signé le 22 juin. Le Rubis est sans ordres précis des autorités françaises. Le 3 juillet 1940, comme tous les autres bâtiments de guerre français stationnés en Grande-Bretagne, il est saisi par les autorités britanniques qui donnent aux marins français le choix de continuer le combat, ou d’être rapatriés.

« En ce qui concerne la saisie du Rubis, ceci fut fait avec beaucoup de tact et de compréhension de la part du commandant de la 9ème flottille de sous-marins. Je peux dire ici que l’équipage au complet avait déjà décidé de continuer la lutte avec leurs alliés britanniques, bien avant qu’il n’ait entendu parler du général de Gaulle. » Ainsi, le 14 juillet 1940, état-major et équipage rallient la France libre. « Sur un effectif de 47 hommes qui effectua les missions jusqu’à l’armistice, trois seulement choisissent de retourner en France. »16

Ainsi, le Rubis est le premier bâtiment de guerre à rallier les FNFL.

Sa carrière sera brillante. À la fin de la guerre, décoré de la Croix de la Libération, de la Croix de Guerre avec 5 citations à l’ordre de l’Armée, le Rubis aura mouillé 683 mines dans les eaux ennemies depuis la frontière espagnole près de St-Jean-de-Luz jusqu’aux eaux du Cap Nord en Norvège, au cours de 28 missions de guerre, coulé 18 navires de commerce ennemis, 11 patrouilleurs, chasseurs ou dragueurs de mines, 1 sous-marin allemand, après 17 850 heures de plongée.17

Et Jean-Pierre Babin de conclure, sur la pérennité de l’alliance franco-écossaise :

« Avant de terminer, mon récit de l’année 1940, je tiendrai à souligner l’accueil magnifique que nous avons reçu de la population écossaise à Dundee, avant et après l’armistice. Cet accueil décidera de 50% de notre décision de rester à leurs côtés au moment de ces jours sombres de juin 1940. Pour confirmer, je dirai que 21 épouses des anciens du Rubis sont originaires de Dundee – sur un équipage de 50 hommes, ce n’est pas mal ! Cela montre qu’il n’y a pas que la confiture (marmelade) qui soit remarquable en Écosse. »18





Remerciements à la médiathèque de l’Institut français au Royaume-Uni à Londres pour l’accès au fonds Joan Delin.


1. Chiffres fournis par Stéphane Simonnet dans Le Commandant Kieffer : le Français du jour J, Tallandier (2012).


2. Charles de Gaulle, Mémoires de guerre – L’Appel : 1940-1942 (tome 1), Plon, Paris (1954, rééd. Pocket, 1999), p. 257-259.


3. Charles de Gaulle, op. cit.


4. Capitaine de vaisseau A. Roux, « Le Savorgnan de Brazza », Revue de la France Libre, n°29 (juin 1950).


5. Martial Boursier, extraits de son « cahier de bord » personnel, à bord de l’aviso Commandant-Duboc en 1940, fonds Joan Delin des archives de l’Institut français au Royaume-Uni.


6. Ibid.


7. G. Thierry D’Argenlieu, « Origine des FNFL », Revue de la France Libre, n°29 (juin 1950).


8. Pascal Hervez-Baudin, Le cuirassé Courbet dans l’opération Corncob ou l’histoire d’un voyage sans retour, Nouvelles éditions latines (2011), p. 99.


9. Rapport de M. Raoul Aglion, « Enquête sur le ralliement des marins à la France Combattante », New York, le 1er avril 1943.


10. Amiral Auphan et Jacques Mordal, La Marine française pendant la Seconde guerre mondiale, Hachette, Paris (1958), p. 204.


11. Op.cit., p. 204-205.


12. Voir Revue de la France Libre, n°272 (décembre 1990).

13. Lettre de Jean-Pierre Babin à Joan Delin (24 mai 1988), archives IFRU.


14. Ibid.


15. Ibid.

16. Ibid.


17. D’après Maurice Pasquelot, Les sous-marins de la France Libre, Presses de la Cité, Paris (1998).


18. Jean-Pierre Babin, op.cit.
avatar
Asdic
Admin

Messages : 834
Date d'inscription : 27/10/2015
Localisation : Yerres

Voir le profil de l'utilisateur

Revenir en haut Aller en bas

Revenir en haut

- Sujets similaires

 
Permission de ce forum:
Vous ne pouvez pas répondre aux sujets dans ce forum